Publié le 24 Janvier 2008

Car aujourd’hui, on le sait, l’important c’est la flexibilité, le mouvement, le flow, voire le fluide. Un joueur de foot n’est plus tant un élément solide, concret, avec des crampons aux pieds, un roc décoré des couleurs de son club, non, le footballeur est devenu un liquide, qui coule, se déverse, qui tsunamise à l’occasion le cash flow des gros poissons avant d’aller se dessecher dans le désert qatari ou Los Angeles-ien.


Un petit jeu : remplacez foot par n'importe quel autre secteur économique ou culturel, ou par n'importe quoi d'autre... et bienvenue dans le XXIe siècle.

Pour l'article intégral, c'est ici

Note pour plus tard : penser à trouver des titres plus sexys, genre Laure Manaudou nue signe au Barça, si je veux faire un peu de flow, moi aussi.


Oui, je sais, c'est minable... Mais, que voulez-vous, c'est l'époque.

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Rédigé par Emile Secret

Publié dans #Le vaste monde

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Publié le 22 Janvier 2008

Non, il ne s'agit pas du titre d'une fable, ni d'un conte pour enfants. Il semble que depuis quelques années , le Vatican, sous des dehors rigoristes et réacs, entreprenne une vaste opération de séduction en direction de populations jusque là ignorées sinon condamnées par la doxa religieuse.

En témoigne cette initiative  - officielle ou pas, je n'en sais rien. J'espère quand même que l'église catholique dispose de curetons technophiles capables de coder des sites moins immondes - qui  semble faire appel à ce qui au plus profond de nous appelle à la fois l'autre et le même.

Plus fort que les rugbymen huilés du Racing : il Calendario Romano 2008



cure01.jpgLe poète Beat

 

cure2.gifLe beau brutal

 

cure03.gifBesoin d'affection ?

 
cure4.gifJason Bourne

 

cure5.gifDoux pensif

 

cure6.gifNe me soumets pas à la tentation



cure7.gifBon élève

 

cure8.gifJ'ai rencontré Dieu à un défilé Prada



cure9.gifJe viens te sauver


cure10.gifSors de ce corps, François Morel !



Les plus fashion d'entre vous auront certainement noté le retour en force de la soutane noire. Prêtre ouvrier, curé des quartiers et autres animateurs socio-cul, passez votre chemin. Cette année le slogan est "Proud to be à Priest".

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Rédigé par Emile Secret

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Publié le 21 Janvier 2008

undefinedUn Ellroy anglais ? Les similitudes entre le spectaculaire auteur américain et le discret anglais David Peace sont nombreuses : l’un comme l’autre sont l’auteur d’une tétralogie ayant pour cadre un lieu unique – Los Angeles chez Ellroy, le Yorkshire anglais pour Peace ; leurs littératures se nourrissent au pis aigre de terreurs d’enfance et de souvenirs traumatiques et ils décrivent tous deux des univers corrompus et sordides dans lesquels essaient de survivre leurs héros ambigus. Enfin, dernier détail et non le moindre, ils sont chacun l’homme d’une obsession.

Celle de David Peace porte un nom et, depuis 1981, un visage : Peter Sutcliffe, l’étrangleur du Yorkshire.
Peace est né dans cette région d’Angleterre en 1967. Il a vu sa vie d’enfant bouleversée par une série de faits divers survenus entre 1975 et 1980. Treize femmes étranglées à mort dont les corps furent retrouvés dans les environs de Leeds. Nombreuses furent certainement les familles perturbées par ces événements à l’époque mais rares y furent ceux qui, comme David Peace crurent que leur père était le meurtrier et leur mère la prochaine victime. Cette obsession le bouleversa à tel point que, dès 1985, il entreprit d’écrire plusieurs ouvrages sur le sujet, sans toutefois les publier. Obsédé, déboussolé, le jeune anglais abandonne de pénibles études techniques pour émigrer en Turquie et y devenir professeur d’anglais. C’est d’ailleurs la profession qu’il exerce encore aujourd’hui, mais à Tokyo.

En 1999, David Peace publie 1974. C’est le récit nerveux, chaotique et alcoolique d’une enquête menée par un journaliste sur des meurtres d’enfants. Edward Dunford est un type largué : journaliste médiocre, amant distant, il est le spectateur d’un univers violent et corrompu qui traite les meurtres d’enfant comme une péripétie, les faux coupables comme une marchandise et ceux qui disent la vérité comme des parias. Ce roman extraordinaire va être suivi de 1977, 1980 et 1983 qui mettent successivement en scène plusieurs des protagonistes du premier volet, avec pour fil rouge la litanie des victimes du tueur en série. La tétralogie s’achève par la publication de ce dernier volet en 2002. David Peace est célèbre - la prestigieuse revue Granta l’élit d’ailleurs au sein de sa liste des 20 meilleurs jeunes romanciers anglais en 2003 – mais David Peace n’est toujours pas apaisé.

GB1984, publié ensuite, est le récit des grandes grèves qui secouèrent l’Angleterre du début des années 80 et achevèrent la démolition de toute une culture industrielle britannique : fermetures des mines, d’aciéries, agonie de l’industrie textile anglaise dont Leeds, capitale du Suffolk et ville d’enfance de David Peace était le fleuron, essor du libéralisme thatchérien et d’une élite nouvelle tournée vers les services et la spéculation financière. Il semble alors que Peace se destine à explorer les grands traumatismes de la mémoire populaire anglaise, à l’instar de son jumeau américain qui, à la suite du Quatuor de Los Angeles, entama une série de romans sur Las Vegas, la Mafia, les Kennedy.

Inédit en France, The Damned Utd. se plonge dans l’année que passa Brian Clough, footballeur et entraîneur, maître du Kick and Run, en tant que coach du club de Leeds United… en 1974.

Voici que paraît enfin le livre du retour : Tokyo année zéro où Peace abandonne l’Angleterre pour s’intéresser à sa ville d’adoption, Tokyo. Ce roman est d’ailleurs le premier d’une trilogie centrée sur le japon d’après la seconde guerre mondiale.
Tokyo année zéro, c’est Tokyo en 1946. C’est le chaos. Une ville vaincue, laminée, déboussolée. L’empereur n’est plus un Dieu, il n’y a plus de repères, rien que des ruines, des fous et des fantômes. Et des soldats américains.
Deux corps de jeunes filles sont retrouvés dans un parc de la ville. Elles ont été assassinées. On confie l’enquête à Minani, vétéran de la guerre, traumatisé et malade qui, sans moyens, sans aide, mène son enquête dans une ville en reconstruction qui ne veut rien savoir du passé ni de la vérité. L’écriture use toujours autant de la vitesse, de la notation brève et de l’ellipse. Hammet, Ellroy, certes,  mais on peut aussi penser au Dostoïevski des Carnets du sous-sol tel que l’a révélé la traduction d’André Markowicz. De beaux modèles, en somme.

On le voit, à des milliers de kilomètres de distance, ce sont, à Leeds comme au Japon, les mêmes fantômes qui hantent David Peace. De Tokyo année zéro, ce dernier dit : « est mon septième roman. C'est le livre que j'ai toujours voulu faire. Il est aussi important pour moi que Le Dahlia noir ne l'a été pour Ellroy, son septième roman, aussi. ». Il sera certainement celui du succès international puisqu’il paraît également aux Etats-Unis cette année. Une histoire à suivre où l’on se prend à souhaiter égoïstement que David Peace le mal nommé ne trouve jamais la sérénité, pour notre plus grand bonheur de lecteurs.

Note. Ce billet a intiallement été publié sur Mollat.com

undefinedDavid Peace, Tokyo année zéro, Rivages/Thriller

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Rédigé par Emile Secret

Publié dans #Petits Lus

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Publié le 18 Janvier 2008

quote1.jpg Je n’étais pas mécontent de ma petite phrase ; ma rature fut plus belle encore.
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Et c'est tous jes jours aussi bien : ici

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Rédigé par Emile Secret

Publié dans #Le vaste monde

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Publié le 17 Janvier 2008




A vendre

carlos.jpg


Magnifique autographe authentique du chanteur mort Carlos.
Signé "pour Aurélie, amitiés, Carlos"

Circa 1985.

Cadeau idéal pour une Aurélie ou pour un collectionneur.

Faire offre - Echange possible contre villa sur la côte atlantique du Maroc ou ferme restaurée en Toscane.

Nota. Je dispose également d'autographes de Jean-Claude Boutier (boxeur), Christian Morin (bateleur clarinettiste) et Maître Capello (Dictionnaire à lunettes) qui, eux, sont toujours en vie (donc moins chers)

Pas sérieux s'abstenir.

Répondre dans les coms qui feront suivre.

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Rédigé par Emile Secret

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Publié le 11 Janvier 2008

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Imaginez que vous vivez dans une contrée méridionale légendaire. Imaginez que partout autour de vous, affleurent les traces de l’une des civilisations les plus puissantes de l’histoire de l’humanité. Imaginez que, par la naissance ou par désir, vous décidez de vous installer là, sur cette terre, écrasée de soleil, plantée de rares arbres, sèche et pauvre, parsemée de villages et bourgades austères à la fois industrieuses et vivantes, mais dont les habitants semblent porter un poids invisible.

Vous avez la chance d’y pouvoir bâtir votre maison, d’y trouver un emploi. Vous êtes au sud de l’Italie, près de Naples, au pays de la Camorra.

Tout ce que vous y ferez, y verrez, y consommerez, participera du Système. Car c’est ainsi que Roberto Saviano, un jeune journaliste de 28 ans nomme cette organisation. Le Système, c’est la mise en coupe réglée de la Campanie toute entière par un groupe de clans issus de villages, de familles, de quartiers. Une multinationale à l’organigramme évoluant au gré des meurtres et des luttes de clans. Une multinationale dont les représentants et alliés dirigent une région, dont les activités recouvrent tous les secteurs de la vie économique, l’officielle comme la souterraine. La Camorra. 

Vous construisez votre maison : le Système a sa part dans la vente du terrain que vous venez d’acquérir. La pelleteuse qui en creuse les fondations appartient à un affilié. L’entrepreneur qui en bâtit les murs est sous la coupe des clans. Ses murs mêmes sont faits de briques, de parpaings et de ciment achetés à un grossiste adoubé par le Système. La route qu’empruntent vos enfants chaque matin pour se rendre à l’école a été goudronnée à la suite d’un appel d’offre truqué par des élus, fonctionnaires et entrepreneurs membres – volontaires ou forcés – du Système. 

Le lait que vous buvez le matin est distribué sous contrôle d’une entreprise du Système. La bouteille est vide, vous la jetez à la poubelle. Les ordures sont emportées et disparaissent dans une décharge sauvage créée pour servir des intérêts invisibles. 

Vos vêtements mêmes, qu’ils viennent de Chine ou soient au logo d’une grande marque, sont, à un moment ou à un autre, passés entre les mains d’affiliés à la Camorra, ils en portent, que vous le vouliez ou non, la marque. 

Chacun de vos instants, de vos gestes, l’air même que vous respirez dans cette région d’Italie, doit ou rapporte quelque chose aux clans. 

C’est cela que décrit Roberto Saviano dans Gomorra – contraction de Gomorrhe et de Camorra. Il y dévoile non seulement les rouages complexes et sanglants d’une machine qu’il voit comme le prototype de l’entreprise libérale par excellence, entièrement vouée au profit et à sa captation par un groupe de princes obscurs, de vassaux et de serviteurs trop contents de s’en partager les miettes, mais Gomorra décrit également la vie de tous ceux qui se trouvent sous la coupe de ces maîtres secrets, malins et brutaux. L’adolescent impatient de s’offrir une parcelle de pouvoir passe ses nuits sur son scooter, offert par un clan, à surveiller une « place », lieu de deal, contrôlée par ce même clan. Le commerçant est approvisionné par des grossistes contrôlés par un clan. Ce clan a passé des accords avec les plus grandes entreprises agroalimentaires italiennes afin d’obtenir des rabais conséquents sur leurs produits, en leur garantissant un quasi-monopole sur le marché. Le fonctionnaire doit son poste et son traitement à la diligence avec laquelle il traite les affaires qu’ « on » lui confie. Myopie et surdité sont aussi des qualités. L’élu, avant de l’être, doit s’assurer de la bienveillance des ses maîtres à son égard. La liste est longue de ceux qui doivent courber l’échine pour vivre en Campanie, la liste est même infinie. 

Bien sûr, quelques uns se rebellent et refusent de baisser la tête. Ils sont vite rappelés à l’ordre. Un avertissement discret, un regard, un signe suffisent. A ceux qui ne comprennent pas, ou qui pensent pouvoir passer outre, le clan promet l’enfer, ou la mort. Et il tient toujours ses promesses. 

Au-delà de la description d’un système scélérat, de ses serviteurs et de ses esclaves. Gomorra est aussi l’autobiographie d’un jeune homme, né sur cette terre, de et dans ce système – il ne peut en être autrement à Naples - à qui le poids de l’omerta est devenu insupportable. Un homme qui sait, qui connaît les noms, qui a vu les corps des « ennemis » abattus, celui de l’enfant qui s’est trouvé sur la trajectoire d’une balle, celui d’un prêtre révolté de voir ses ouailles menées par de si tristes bergers ; qui a vu les parrains et leurs séides parader en ville, leurs villas hollywoodiennes, leurs discrètes fermes perdues dans la campagne. C’est aussi le journal d’une fascination et d’un refus. Un refus courageux, puisque la vie de Roberto Saviano est aujourd’hui menacée par ceux dont il connaît et qu’il doit vivre sous protection. 

« Don Peppino traça un chemin dans l’écorce des mots, il grava dans la surface de la langue cette puissance que la parole publique, clairement énoncée, peut encore avoir. Il n’eut pas la paresse intellectuelle de ceux qui croient que la parole a épuisé toutes ses ressources, qu’elle est uniquement bonne à remplir le vide des esprits. La parole comme geste concret, aussi compacte que la matière, pour intervenir dans les mécanismes, bâtir comme avec du mortier, creuser comme avec une pioche. Don Peppino voulait trouver des mots qui agiraient comme un seau d’eau sur des regards souillés. Car, sur ces terres, le silence n’est pas la banale omerta faite de têtes baissées, de regards fuyants. C’est d’avantage une façon de dire « ça ne me regarde pas ». Un comportement habituel dans ces lieux, mais pas seulement : un repli volontaire sur soi-même, le vrai bulletin de vote en faveur des choses telles qu’elles sont, lancé contre une vitre blindée : pour la faire éclater… » 

C’est mots, écrits en hommage au Père Peppino Diana, prêtre abattu par la camorra, pourraient aussi décrire le projet fou que Roberto Saviano conçut près de la tombe de Pier Paolo Pasolini : redonner son pouvoir au verbe, lancé contre une vitre blindée : pour la faire éclater.

undefinedGomorra, dans l'empire de la camorra de Roberto Saviano, traduit de l'italien par Vincent Raynaud, Gallimard, 2007

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Rédigé par Emile Secret

Publié dans #Petits Lus

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Publié le 3 Janvier 2008

Cliquez sur Play et fermez les yeux...  Ca ne vous rappelle rien ?

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Rédigé par Emile Secret

Publié dans #Whatever

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Publié le 2 Janvier 2008

C’était en 1992. J’étais libraire alors et Patrick Raynal étrennait une nouvelle collection chez Gallimard : La Noire, avec The long Good Bye de Raymond Chandler et un bouquin d’un certain Cormac Mc Carthy, qui portait une long et beau titre : Méridien de sang ou le rougeoiement du soir dans l’Ouest. Raynal, au travers de ses critiques et d’une conversation à bâtons rompus sur la littérature américaine m’avait fait découvrir Jim Harrisson, Thomas Mc Guane et l’incroyable Thomas Pynchon ; je pensai donc pouvoir lui faire confiance et j’avais raison.

Méridien de sang… avait à l’origine été publié, sans succès donc sans lecteurs, par Robert Laffont. Ce western d’apocalypse décrivait dans une langue incroyablement baroque, l’errance d’une troupe de hors-la-loi dans le sud-ouest américain, à deux pas de la frontière mexicaine. Fonctionnant sur un procédé facilement identifiable : l’opposition entre l’extrême lyrisme des descriptions des paysages et l’emploi d’un style d’une absolue sécheresse pour le récit des aventures des protagonistes, Méridien de sang était pourtant un livre immense et fut pour moi l’occasion de rencontrer celui qui devint l’un de mes écrivains de chevet. Vinrent ensuite, dans le désordre ou plutôt dans l’ordre dans lequel je les ai trouvés, Suttree, Un enfant de Dieu, Le gardien du verger, De si jolis chevaux… 

Puis le me lassai. La Trilogie des confins me semblait être une pâle reprise de ses obsessions : lyrisme, goût des valeurs viriles, détresse existentielle opposée à un espoir quasi mystique, description de la violence comme d’un élément constitutif de l’identité américaine et panthéisme typique des écrivains « ruraux » américains, j’en avais trop lu. 

the-road.JPGSept ans ont passé ensuite sans nouvelle de celui que je pensai être devenu un académicien confit dans son miel, nourri sous perfusion de prestigieuses bourses et résidences universitaires et condamné à l’éternelle répétition de son chef d’œuvre. C’était évidemment sans compter sur les ressources du bonhomme qui revint en 2006 avec un Non ce pays n’est pas pour le vieil homme, bref bouquin d’une paire de centaine de pages, récit à la fois légendaire et contemporain d’une traque à la trame aussi sèche que l’écriture, aux personnages d’une humanité jusque là inconnue chez Mc Carthy et au style « implacable et froid comme un couteau d’abattoir ». Ce n’était pas une renaissance, c’était une résurrection. Et j’étais redevenu Mc Carthyste. C’est donc avec espoir et une certaine tranquillité d’âme que j’attendais l’opus annoncé pour ce début d’année, La Route, dont le titre m’évoquait déjà une chevauchée sauvage, un western sanglant ou un roman sudiste à la Suttree. Et une fois de plus je me plantai. La Route n’est pas un roman de plus. C’est un grand livre.

Quittant les chemins tant de fois parcourus – même brillamment - de ses marottes fictionnelles, Mc Carthy ose un roman d’anticipation, s’ouvrant sur un monde gris d’après la catastrophe, étouffé des cendres d’une fin du monde manquée qui stérilisent peu à peu toute vie sur la terre, comme les espoirs de ceux qui l’arpentent. Sur cette terre se trouve une route et sur cette route un homme et son fils qui poussent devant eux un caddie contenant leurs maigres possessions. Comme Ulysse veut rejoindre sa terre, ils veulent rejoindre la mer où, croient-ils, ils pourront à nouveau vivre en paix, loin des dangers de l’errance, des tueurs, voleurs, anthropophages et autres illuminés qui peuplent ce monde sans autre loi que celle de l’instant. Un monde de l’absolue solitude où le moindre répit devient un miracle, où l’avenir est un rêve, comme l’est aussi le passé qui s’estompe, sans les souvenirs à quoi s’accrocher. L’homme et son fils marchent vers un but, mais apparemment sans espoir. Ils veulent arriver, un point c’est tout. Dans le temps du roman, surgissent quelques souvenirs d’une femme, la mère de l’enfant, d’un avant l’exode où semble-t-il se sont jouées bien des choses. Surgit aussi la maladie du père qui lui ronge peu à peu les poumons, écho du cancer qui semble dévorer le monde. Le quotidien n’est en général qu’une marche pénible vers l’étape du jour, sans chemin déterminé, un cap : le Sud. Cette route est semée de quelques rencontres, dangereuses ou inquiétantes, comme ce vieillard biblique qui laisse au père et au fils l’avis d’un aveugle sur un monde noir. Les miracles existent aussi, qui leur font découvrir, alors qu’ils sont proches d’être vaincus par la faim, un cache secrète regorgeant de nourriture et de matériel, un bateau échoué rempli des souvenirs d’avant le chaos, une plage… On rendra ici un hommage appuyé à François Hirsch, infatigable traducteur de l’œuvre de Mc Carthy, qui livre dans ce livre l’adaptation impeccable et précise de la prose du grand américain. 

Au lyrisme fou des paysages des premiers livres, à la violence brute du Texas de Non, ce pays… se substitue l’épure d’un style voué à décrire le gris du monde que traversent les personnages – je n’ose pas parler de héros. Il n’est point ici question de sécheresse de style, mais d’une adaptation de la prose de Mc Carthy à la description minutieuse des mille variations de la non-couleur qui couvre toute chose. Sur ce fond opaque se déroule un quotidien fait de petits gestes minutieusement décrits : ils sont essentiels à la survie, qu’il s’agisse de la réparation d’un réchaud, de la description d’une arme de fortune ou de la pénible marche à travers la montagne enneigée. Le sens concentré de ces instants, le peu d’avenir que tout ceci laisse entrevoir peut laisser à penser que l’espoir, ou du moins la croyance qu’il existe un futur au-delà de la prochaine nuit, est absent du livre alors qu’il ne s’agit en réalité que de cela. De ce qu’il faut risquer pour survivre dans un monde mourant, de ces jours à vivre que porte l’enfant, de la mort qu’emporte le père désespéré partout avec lui, jusqu’à la fin. Le livre se clôt et s’ouvre à la fois, sur une mort et sur une renaissance. Et le père reste là, gisant, et son fils le laisse et prend la main d’une femme. L’enfant christique a donc un futur, et avec lui le monde. 

On le voit, ce sont donc les mêmes thèmes qui agitent ici ce monde désespéré. L’instant, le futur, la violence, la survie et les sacrifices nécessaires pour y parvenir, le sens que l’on donne aux choses, la mission dont on s’investit soi-même. A l’instar de Non, ce pays…, La Route est un roman désespéré sur l’espérance. Un livre sur la croyance et sur l’irréductible capacité qu’à l’homme de se réinventer dans un monde chaque jour plus hostile, chaque jour moins compréhensible. Je vous le disais : c’est un grand livre.

undefinedCormac Mc Carthy, La Route (The road), traduit de l'anglais (USA) par François Hirsch, ed. de L'Olivier

Note : Juan Asensio (le Stalker) est un lecteur de génie quand il oublie de se prendre pour la réincarnation de Léon Bloy, l'humour en moins. Il a récemment publié une très belle lecture de La Route sur son blog [ici].

 

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Rédigé par Emile Secret

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Publié le 1 Janvier 2008


Comprenne qui peut... et bonne année à toutes et tous.

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Rédigé par VonSontag

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