Mattang ou une cartographie de l'informe

Publié le 16 Janvier 2013

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J'ai trouvé l'objet de ce post en écoutant la radio ce matin. A la fin des Nouveaux chemins de la connaissance, une émission du matin, figure toujours Le Journal de la philosophie, une vignette de François Noudelmann dans laquelle il interviewe un philosophe ou un écrivain. Ce matin, c'était au tour d'Alain Milon, qui vient de faire paraître Cartes incertaines, un ouvrage traitant de la possibilité de cartographier le mental, l'abstrait, l'émotion et de la forme que prendraient ces cartes. Il se trouve que, pour un ensemble de raisons un peu compliqué à détailler et pas très intéressant, j'ai un certain goût pour les cartes de géographie et la visualisation des données. J'ai également eu la chance de contribuer au projet Exodo, mené par un groupe d'artistes auprès des habitants de mon quartier de bordeaux, en particulier auprès de la plasticienne et urbaniste Flore Grassiot qui m'a permis de produire des cartes subjectives représentant le même quartier que j'ai habité enfant et que j'habite aujourd'hui, l'ayant quitté pendant trente ans. J'ai donc écouté le bonhomme avec attention...

 


 


 

En préambule de son intervention, l'auteur a mentionné les Mattang, cartes des vents, des houles, des vagues et des courants que les polynésiens produisent depuis maintenant 3000 ans afin de s'orienter dans leur univers informe où les seuls points fixes sont des atolls invisibles perdus au milieu de l'océan. Rentré chez moi, je suis allé faire un tour sur le web afin de voir à quoi pouvaient ressembler ces représentations d'objets que notre bon sens occidental juge non représentables. Et j'en ai appris un peu plus.

 

Pour résumer, depuis maintenant 30 siècles, les polynésiens, soucieux comme la plupart des navigateurs de savoir à peu près où ils vont et comment retourner d'où ils viennent, observent vents, courants, îles, houles et vagues afin de s'orienter. Ces cartes sont faites de bouts de bois, lanières de feuilles de cocotier ou branches de pandanus. De petites pièces de monnaie ou des coquillages indiquent les îles. Il existe trois sortes de cartes.

 

Le Mattang ou Wappepe qui représente l'environnement immédiat d'une île, ses courants, les houles régulières qui la baignent et quelques points de repères lorsqu'ils existent.

 

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Le Medo, d'échelle plus réduite qui permettait la navigation dans tout un archipel, par exemple.

 

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Le Rebbelib, qui est une carte de navigation d'échelle plus grande.

 

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Comme on le voit sur ces quelques exemples, la présence de points fixes, atolls ou îles, n'est qu'une des composantes de la carte, l'essentiel se trouve dans une tentative de représentation de "l'informe de l'eau" comme disait Henri Michaux, grâce à certaines caractéristiques en des points géographiques précis.

 

Détail curieux, elles n'étaient jamais embarqués mais utilisées seulement à terre à des fins de transmission des savoirs entre générations de navigateurs. Sur l'eau, le marin polynésien ne devait s'appuyer que sur sa seule mémoire. Un autre détail pour le moins étrange est que ces cartes représentent également des sensations, telle courbure d'une brindille sera la restitution d'une impression, la résistance de la pagaie dans un courant, l'effort du vent dans la voile... Ainsi, les cartes pouvaient être lues au toucher, sans l'aide des yeux, par celui qui les avait composées. A ce propos, au gré des sources, les avis divergent sur la possibilité de transmission de tels savoirs. Certains voient ces "sticks charts" comme une sorte de journal de navigation à l'usage de son seul auteur, d'autres un outil d'enseignement et de transmission.

 

Aujourd'hui, les polynésiens n'utilisent plus ces cartes et font, comme tout le monde, confiance au compas numérique et autre GPS. Du coup, les Mattang, Medo et Rebbelib sont devenus des pièces de musée ethnographiques, incompréhensibles.

 

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Sources : Toutes les images et la plupart des informations de ce post proviennent du site The Nonist et de l'excellent article que son auteur a consacré au sujet en 2008. Le reste des infos a été trouvé dans l'article Polynesian navigation de la Wikipedia

Rédigé par VonSonntag

Publié dans #Le vaste monde

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B
<br /> Salut et merci !<br /> <br /> Petit calédonien de bientôt 40 ans, la mer est une composante incontournable de notre environnement, on navigue très tôt, on pêche, on chasse, on vit littéralement cet élément...<br /> <br /> Et voilà, je suis ton blog pour ses histoires de motos, ses photos, tes propres histoires et aujourd’hui tu m'as fait découvrir un pan d'une culture qui nous est proche, si proche qu'elle est<br /> indissociable de notre propre histoire et que je ne connaissais pas.<br /> <br /> Donc : merci; infiniment.<br />
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V
<br /> <br /> Bonjour BoZ et merci beaucoup du compliment . Il est évident pour moi que ce genre de cartes va forcément avec une<br /> connaissance intime du milieu représenté, ce qui explique l'impasse faite sur toute légende et les notations subjectives, force de la houle, dureté des vents. Alors que c'est leur absolue<br /> étrangeté qui m'a fait aimer ces objets (je ne connais pas grand chose à la voile et encore moins à la navigation), je suis content de voir que même un ilien peut les trouver fascinants. Bon vent<br /> !<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> superbe !!!<br />
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D
<br /> C'est très intéressant. Les modes de représentation de la réalité percue, par tous les sens, sont infinies.<br />
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