Tomboy

Publié le 21 Avril 2011

 

 Jeanne Disson et Zoé Herran dans Tomboy de Céline Sciamma

 

Pour vous dire la vérité, en entendant le titre et en lisant le pitch de Tomboy sans avoir d'autres renseignements, j'ai cru un instant qu'il s'agissait d'un remake américain de Ma vie en rose, daubasse psycho-socio bien pensante réalisée par Jérôme Berliner avec Michèle Laroque (oui, ça donne envie). En fait non. Mais c'est quand même un poil réticent que j'ai suivi ma femme au cinéma. Faut juste que je vous explique que pour éviter toute accusation de totalitarisme cinéphile, j'ai convenu avec elle (ma femme) que nous choisirions les films à tour de rôle. Et ce soir, c'était son tour. La prochaine c'est moi, donc on ira voir Essential Killing de Jerzy Skolimovski, autre ambiance...

 

 


 

Tomboy, donc, est un film d'enfance où Laure, une fillette de dix ans, se fait passer pour un garçon, Mickael, auprès du groupe d'enfant qui vit dans la résidence où elle vient d'emménager avec son père, sa sœur Jeanne et sa mère enceinte. Un monde nouveau qui lui permet, le temps d'un mensonge, de se réinventer en garçon, de jouer au foot torse nu, de cracher par terre, de se battre et de tomber amoureux/amoureuse.


Garçon prudent que je suis, j'avais lu pas mal de critiques sur le film avant d'aller le voir et tout le monde semblait insister sur la question du genre comme point nodal de l'intrigue. Du coup j'ai un moment pensé qu'on allait se farcir un essai filmé sur la « queeritude » des enfants avant la puberté, administré par une adulte élevée aux mamelles d'Eve Kosofsky Sedgwick et de Judith Butler et que j'allais sortir de là avec une grosse migraine.


Heureusement pour moi, je me suis trompé. Le film est en fait une balade délicate aux travers des friches de l'enfance dans cet entre-temps des vacances d'été. Aux jeux ordinaires des gosses de la résidence s'ajoute et répond le jeu plus complexe de Laure/Mickael, imaginant mille stratagèmes pour dissimuler son véritable sexe, souffrant du mensonge et s'en délectant à la fois, découvrant le trouble – simultanément celui du genre, celui de l'amour et celui de la culpabilité – avec une grâce qui ne cède jamais à la désinvolture.


Tomboy n'est pas un film de scénariste, mais un film de cinéaste qui imagine, dirige, profite et filme cette enfance, ses complicités (celle, très belle, qui unit Laure et Jeanne dans la dissimulation), sa cruauté et son sens du pardon.


De fait, ce qui nous l'intrigue au terme du film n'est pas la question du genre mais celle de la dissimulation impossible du mensonge. Ce sera bientôt la rentrée, Laure/Mickael retrouvera alors ses camarades à l'école et c'est bien au prénom de Laure qu'elle répondra à l'appel. C'est précisément ce que dit la mère de la petite fille lorsqu'elle lui impose d'avouer sa tromperie, qu'elle ne lui en veut pas d'avoir « joué au garçon », mais que le mensonge n'est simplement pas tenable.


Il y a donc là une part des anges, un petit morceau d'art véritable combiné au talent de Zoé Herran, l'interprète de Laure, qui fait de ce film un beau film, délicat et heureux, et qui a fait de moi un nouveau fan de Céline Sciamma, sa réalisatrice.


En conclusion, allez le voir, ça fait du bien...

Rédigé par VonSonntag

Publié dans #'looks good

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David Cobbold 22/04/2011 23:28



Bravo ! Je n'ai pas vu ce film et je n'avais pas très envie d'y aller mais vous m'y encouragez, et je crois que vous avez un bel avenir de critique de cinema. Puis cela nous changearait de
toutes ces Harleys affreuses que vous nous infligez (pas que, je vous l'accorde).